La beauté qui ouvre le chemin

15 février 2026 | Brève, Homélies

La Parole aujourd’hui ne crie pas. Elle se tient là, comme une source claire.
Elle attend que nous approchions.

« Je mets devant toi l’eau et le feu. » Non pas une menace, mais une invitation.
Dieu ne ferme aucune porte ; il ouvre des chemins.
La loi n’est pas un mur — elle est un sentier dans la nuit.

Nous vivons dans un monde rapide. Les images passent, les vitrines changent, les promesses brillent puis s’effacent.
On nous parle de bien-être comme d’un produit à consommer,
comme si le bonheur pouvait s’acheter en quelques instants.

Mais la Sagesse parle autrement. Elle parle lentement.
Elle creuse le silence. Elle apprend à choisir ce qui fait vivre.

Jésus monte la montagne et dit : « Vous avez appris… et moi, je vous dis. »
Il ne retire rien ; il approfondit tout. Il prend la loi écrite sur la pierre
et la dépose dans le battement du cœur humain.

Ne pas tuer ? Alors commence par déposer ta colère. Ne pas trahir ?
Alors apprends à regarder l’autre comme un mystère sacré.
Que ton oui soit oui. Que ta parole devienne un lieu habitable.

La liberté n’est pas l’absence de règles. Elle est l’art intérieur d’aimer.

Comme l’écrivait Fiodor Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde. »
Et peut-être cette beauté commence-t-elle justement là où une parole devient vraie, où un cœur se réconcilie.

Le sociologue Zygmunt Bauman décrivait un monde liquide, mouvant, insaisissable. Mais la Parole de Dieu est une rive où l’on peut enfin poser le pied.

Le philosophe Emmanuel Kant voyait dans la loi intérieure le lieu de la dignité humaine. Et la foi murmure que cette loi a un visage : celui de l’amour qui se donne.

Le théologien Hans Urs von Balthasar parlait de la splendeur de la vérité — une lumière qui attire sans contraindre. Dieu ne conquiert pas par la force ; il séduit par la beauté.

En ces jours où le monde regarde les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, nous voyons des corps traverser la neige comme des flèches de lumière.
Derrière chaque geste parfait : des années d’effort, de discipline, de confiance.
La beauté du mouvement naît d’une fidélité invisible.

Et dans notre communauté, un visage devient symbole : Stevenson Savart, enfant d’Haïti adopté, porté par l’amour, avançant lui aussi vers la lumière de la compétition. Un pont entre les continents, entre les histoires, entre les espérances. Une preuve que la vie peut toujours recommencer plus loin que nos frontières.

Alors la question n’est plus : loi ou liberté. Ancien ou nouveau.
Tradition ou progrès. La question devient : quelle musique faisons-nous résonner dans le monde ? La musique du bruit, de la peur, de la comparaison ?Ou la musique discrète d’une parole vraie ?

Le psaume chantait : « Ouvre mes yeux que je contemple les merveilles de ta loi. »
La loi devient merveille quand elle ouvre les yeux, quand elle rend le cœur plus vaste.

Frères et sœurs,

La Parole aujourd’hui ne nous écrase pas.
Elle nous soulève doucement. Elle nous rappelle que chaque choix, même petit, participe à une œuvre immense.

Choisir la réconciliation plutôt que la colère.
Choisir la vérité plutôt que l’apparence.
Choisir la confiance plutôt que le cynisme.

Alors, sans bruit, sans violence, sans éclat de scène — une autre explosion se produit : une explosion de lumière intérieure,
une explosion de beauté partagée, une explosion d’humanité.

Et quand cela arrive, oui…  l’humanité gagne.

Et quand la Parole se fait silence,
un chemin s’ouvre dans le cœur des hommes.
La loi devient lumière, la liberté devient chant.
Sous la neige, déjà, la vie prépare son printemps —
et la beauté, doucement, apprend au monde à espérer.

Amen.

Homélie du Père Piotr K. WILK pour le sixième dimanche du temps ordinaire.                     

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