Quand la grâce se met en route

22 décembre 2025 | Brève, Homélies

Méditation sur la Visitation, sur le Mystère de Noël et de l’Epiphanie

Il y a des rencontres qui ne sont pas des hasards,
mais des réponses en marche.

Marie se lève.
Élisabeth attend.
Jean tressaille.
Jésus est là — encore invisible, déjà agissant.

Saint Ambroise le dit avec une précision bouleversante :
la grâce n’attend pas,
elle devance,
elle se met en route.

Marie ne part pas parce qu’elle doute,
mais parce qu’elle croit.
Elle ne cherche pas une preuve,
elle offre une présence.

Et c’est ainsi que naissent les vraies rencontres :
quand quelqu’un, rempli de Dieu,
ose aller vers l’autre,
sans garantie,
sans maîtrise,
sans retard.

« La grâce du Saint-Esprit ne connaît ni hésitation ni délai. »    — Saint Ambroise

Nos rencontres aujourd’hui

Comme eux, nous sommes faits de questions.
Comme eux, nous connaissons la fatigue du cœur,
les nuits où l’on doute,
les silences où l’on cherche.

Il y a en nous du Zacharie muet,
du Joseph bouleversé,
du Jean qui attend dans l’ombre,
du Christ qui frappe doucement.

Nous vivons souvent dans le Chronos :
le temps qui use,
le temps qui compte,
le temps qui nous échappe.

Chronos nous dit :
« Ce n’est pas le moment. »
« Il est trop tard. »
« Tu as déjà perdu trop de temps. »

Mais Dieu, lui, parle en Kairos.
Le temps favorable.
Le temps qui sauve.
Le temps qui élève.

Kairos ne se mesure pas,
il se reçoit.

« Il y a un temps pour tout… et un temps pour aimer. » (Qohelet)

Le temps suspendu, ainsi Douce nuit…

Douce nuit…
Ce n’est pas une berceuse naïve.
C’est une théologie du silence.

La nuit où Dieu ne force rien.
La nuit où il se fait enfant.
La nuit où le monde retient son souffle.

Dans Douce nuit, le temps s’arrête :
les anges chantent,
les bergers écoutent,
le ciel se penche.

C’est le Kairos absolu :
Dieu entre dans notre Chronos
sans le briser,
mais pour le transfigurer.

« Le Verbe s’est fait chair,
et le temps a appris à espérer. » (inspiré de Paul Claudel)

Et une parenthèse : Les chercheurs de l’étoile

Il y a aussi ceux qui ne viennent pas du Temple,
ni de la promesse apprise par cœur,
mais de la patience du regard.

Les mages.

Hommes de science et de culture,
lecteurs du ciel,
amis des signes et des cartes.
Ils ne parlent pas la langue des bergers,
mais ils savent attendre.

Eux aussi cherchent.
Eux aussi doutent.
Eux aussi avancent sans tout comprendre.

Ils lèvent les yeux,
et quelque chose les dépasse.
Une étoile —
non pas une preuve,
mais une invitation.

Alors ils quittent leurs certitudes,
leurs observatoires,
leurs conforts intellectuels.
Ils se mettent en route.

Le Chronos les accompagne :
les jours, la fatigue, les détours,
les palais trompeurs d’Hérode,
les questions sans réponse.

Mais un autre temps les travaille en secret :
le Kairos.
Le temps où la recherche devient adoration.
Le temps où le savoir s’incline devant un visage.

Quand enfin ils arrivent,
ils ne trouvent ni démonstration,
ni puissance,
ni évidence éclatante.

Ils trouvent un enfant.
Pauvre.
Silencieux.
Offert.

Alors ils comprennent autrement.
Ils posent un acte de foi.
Ils offrent ce qu’ils ont de plus précieux —
or de leur intelligence,
encens de leur quête,
myrrhe de leur lucidité.

Et surtout,
ils repartent par un autre chemin.

Non parce qu’ils ont tout compris,
mais parce qu’ils ont été touchés.

Ainsi agit la grâce :
elle ne nie pas la recherche,
elle la transfigure.
Elle ne supprime pas le doute,
elle l’ouvre à la rencontre.

Grâce reçue, grâce donnée

Jean tressaille avant de parler.
Élisabeth prophétise avant de comprendre.
Marie exulte avant même de concevoir.

La grâce circule.
Elle ne se possède pas,
elle se transmet.

Comme l’écrit Georges Bernanos : « La grâce est partout, mais elle ne s’impose jamais. »

Elle passe par une voix,
un regard,
une visite,
un pardon enfin prononcé.

Et parfois,
la réconciliation tant attendue
ne vient pas d’un grand discours,
mais d’un simple :
« Me voici. »

Ne pas abandonner

Oui, nous doutons.
Oui, nous cherchons.
Mais croire, ce n’est pas ne jamais vaciller,
c’est refuser de se résigner.

Marie avance.
Joseph se lève.
Les bergers partent.
Les mages changent de route.

Et nous aussi,
malgré nos fatigues,
nos blessures,
nos lenteurs.

« Espérer, c’est risquer encore. » (Charles Péguy)

Père Piotr K. WILK, le 21 décembre 2025 au Chalet Jean XXIII

   

 

 

 

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