Homélie pour la dimanche de la santé 8 février 2026.
Avant même de parler de foi, il y a une promesse.
Une promesse murmurée depuis des siècles au chevet des malades, dans la fatigue des nuits sans sommeil, dans les mains qui tremblent mais qui soignent encore.
« Je ferai tout pour soulager la souffrance humaine. »
C’est l’esprit du serment d’Hippocrate. Ne pas abandonner.
Ne pas utiliser le savoir pour dominer, mais pour servir la vie. C’est là que commence déjà quelque chose de sacré.
Lourdes est un lieu où cette promesse devient visible.
Un lieu où la science ne disparaît pas, mais où elle se tait parfois, pour écouter plus loin qu’elle-même.
En 1905, un jeune médecin accompagne une patiente gravement atteinte.
Elle s’appelle Marie Ferrand. Elle souffre de tuberculose avancée, une maladie alors presque toujours mortelle.
Le médecin s’appelle Alexis Carrel. Il observe. Il ne prie pas encore. Il doute. Il mesure. Il refuse l’illusion.
Et pourtant, il est témoin d’une guérison qu’aucun protocole ne peut expliquer.
Il ne parle pas de miracle. Il parle de faits. Il écrit ce qu’il a vu, avec rigueur et honnêteté. Il publie ses observations médicales.
On ne lui pardonne pas. Son milieu se referme. La science, blessée dans son orgueil, le met à distance.
Alors il part. Loin. Aux États-Unis, à New York, où il poursuivra ses recherches comme médecin et chercheur.
Il y développera des techniques décisives sur la suture des vaisseaux sanguins, sur la conservation des organes hors du corps. Des avancées qui sauveront d’innombrables vies. Il recevra plus tard le prix Nobel de médecine.
Dieu ne s’est pas servi de sa certitude, mais de sa fidélité à la vérité.
Pas de sa foi immédiate, mais de son doute habité.
Louis Pasteur écrivait : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. »
Quand la science accepte de ne pas tout maîtriser, elle devient humble.
Et l’humilité est déjà une porte ouverte.
Jésus, aujourd’hui, nous dit : « Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Il ne nous demande pas de guérir à tout prix. Il nous demande de ne pas éteindre la lampe.
La lumière chrétienne ne supprime pas la nuit. Elle empêche la nuit de gagner tout l’espace.
Être sel, c’est donner du goût à la vie là où la maladie l’a rendue amère.
Être lumière, c’est rester présent quand on ne peut plus expliquer, ni réparer.
Le pape François nous rappelle : « La souffrance n’a pas le dernier mot.
L’amour, lui, peut toujours ouvrir un chemin. »
Ce n’est pas la douleur qui sauve. C’est la présence fidèle, celle qui ne s’en va pas quand tout devient fragile.
En ce Dimanche de la santé, Dieu nous confie une mission simple et immense :
laisser passer sa lumière à travers nos mains, nos silences, nos limites.
Et peut-être qu’un jour, en voyant ce que nous faisons de bien, quelqu’un osera encore croire que Dieu n’a pas quitté la maison des hommes. Amen
Prière
Seigneur, nous te confions
ceux dont le corps est fatigué,
ceux dont la douleur dure trop longtemps,
ceux qui n’ont plus la force de demander.
Nous te confions les malades gravement atteints,
ceux qui espèrent encore,
et ceux qui n’osent plus espérer.
Nous croyons que rien n’est perdu pour toi.
Nous croyons que ta lumière
peut encore passer là où nos forces s’arrêtent.
Apprends-nous à aimer
sans conditions, à rester présents
quand les mots manquent,
à faire confiance même dans la nuit.
Entre tes mains, Seigneur, nous remettons nos vies,
nos corps fragiles, nos doutes et notre foi.
Que ton amour soit plus fort que la peur,
et ta paix plus profonde que la souffrance.
Amen.
Père Piotr Wilk