Vers notre Emmaüs

18 avril 2026 | Brève, Homélies

Il y a en nous une étrange résistance. Une part de nous qui voit… mais ne croit pas.
Qui entend… mais refuse d’accueillir.

On pense à Hirō Onoda, ce soldat resté caché dans la jungle pendant près de trente ans après la fin de la guerre. Tout lui disait que le conflit était terminé, mais son cœur ne pouvait pas l’accepter.        

( Hirō Onoda s’est caché dans la jungle de 1944 à 1974, refusant de croire que le Japon avait pu se rendre et que la Seconde guerre mondiale était terminée.

La même chose pour les disciples qui vont fuir vers un village appelé Emmaüs, C’est seulement à table, pendant la bénédiction que leurs yeux se sont ouverts.)

Et nous pourrions croire que cette histoire est lointaine… Mais elle est aussi la nôtre.

Car aujourd’hui encore, même face à des signes, même face à des évidences, nous hésitons à croire. Comme si quelque chose en nous restait fermé.

Les disciples d’Emmaüs en sont le miroir.

Ils ont entendu. Ils ont vu les événements. Ils savent que le tombeau est vide.

Et pourtant… ils s’éloignent. Ils quittent Jérusalem. Ils marchent dans la tristesse.

Pourquoi ? Parce que, comme le dit si profondément Blaise Pascal :
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

Oui, la foi n’est pas seulement une affaire de preuves. Elle est une aventure du cœur.

Un cœur blessé par la déception. Un cœur fatigué par l’espérance déçue.
Un cœur lent à croire.

Alors Jésus les rejoint.

Sans bruit. Sans reproche. Il marche avec eux. Il entre dans leur conversation.
Il écoute leur tristesse.

Ils ne le reconnaissent pas…mais lui, déjà, les accompagne. Et peu à peu, par les Écritures, il rallume une lumière. Il ouvre un chemin. Il réchauffe leur cœur.

Comme dira plus tard Augustin d’Hippone :
« Je crois pour comprendre, et je comprends pour mieux croire. »

La foi naît souvent ainsi : non pas dans une évidence immédiate,
mais dans un chemin, dans une écoute, dans une ouverture.

Et puis vient ce moment fragile et décisif.

À table. Dans un geste simple.

Jésus prend le pain. Il bénit. Il rompt. Il donne. Et soudain… leurs yeux s’ouvrent.

Ils reconnaissent.

Ce n’est pas une démonstration qui les éclaire. C’est une présence. C’est dans la relation, dans le don, dans l’Eucharistie, que le Christ devient visible.

Et alors tout bascule. Leurs pas changent de direction.
Leur nuit devient lumière. Leur fuite devient mission.

Ils retournent à Jérusalem. Ils deviennent témoins.

Comme Pierre, dans la première lecture, qui se lève avec assurance, porté par l’Esprit Saint.

Car la foi véritable ne reste pas enfermée. Elle devient parole. Elle devient vie.

Et nous comprenons alors ce que nous dit saint Pierre :nous n’avons pas été rachetés par de l’or ou de l’argent… Mais par un sang précieux.

Un amour donné jusqu’au bout. Un amour qui nous rejoint jusque dans nos refus de croire. Un amour qui nous recrée de l’intérieur.

Comme si Dieu lui-même venait déposer en nous sa propre vie.

Et c’est là que la parole de Thomas d’Aquin prend tout son sens :
« La foi est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous l’impulsion de la volonté mue par Dieu. »

Croire, ce n’est pas se forcer. C’est consentir. C’est laisser Dieu ouvrir en nous un passage.

Frères et sœurs, nous aussi, parfois, nous marchons vers Emmaüs.
Nous aussi, nous portons nos doutes, nos peurs, nos résistances.
Nous aussi, nous avons du mal à croire que la vie est plus forte que la mort.

Mais le Christ marche avec nous.

Même quand nous ne le voyons pas.
Même quand nous ne le reconnaissons pas.

Il parle à notre cœur. Il se donne dans le pain.
Il ouvre nos yeux.

Alors, avec confiance, faisons nôtre cette prière :

« Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie ;
devant ta face, débordement de joie. »

Oui, Seigneur,
apprends-nous à croire quand tout semble obscur,
apprends-nous à te reconnaître dans le quotidien,
apprends-nous à vivre de ta vie. Amen.

Père Piotr K. WILK – Homélie – 3ᵉ dimanche de Pâques 19 Avril 2026

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