Déliez-le et laissez-le aller

21 mars 2026 | Homélies, Brève

Frères et sœurs,

Il y a, au cœur de toute vie humaine, une question qui ne vieillit pas.
Qui nous donne de vivre ?
Nous avançons, nous soignons, nous prévoyons.
Et pourtant, la vie nous échappe toujours un peu.
Elle demeure mystère. Fragile comme un souffle. Profonde comme un abîme.

Et c’est dans cet abîme que monte le cri du psaume : « Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur. »

Ce cri, c’est le nôtre.
Celui des jours de fatigue.
Celui des chambres d’hôpital.
Celui des guerres et des séparations.
Celui des silences qui blessent.
Celui des tombeaux intérieurs que nous portons parfois sans les nommer.

Le prophète Ézékiel ose une parole étonnante : « Je vais ouvrir vos tombeaux. Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. »

Dieu ne reste pas au-dessus de la vie. Il descend. Il rejoint. Il habite.
Il entre dans nos morts pour y déposer son souffle.

Saint Irénée l’affirme avec force : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. »

Non pas seulement vivant en apparence. Mais vivant de l’intérieur. Relevé. Restauré. Habité. Dans l’Évangile, tout bascule en une phrase très simple : « Jésus se mit à pleurer. » Dieu pleure. Dieu ne reste pas à distance. Il entre dans l’amitié blessée.
Il partage l’absence. Il porte le manque.

Comme l’écrit Victor Hugo : « Tu pleures, et je pleure avec toi. » Mais Jésus ne s’arrête pas aux larmes. Il appelle. Il crie : « Lazare, viens dehors ! »

Sa voix traverse la mort. Elle rejoint ce qui, en nous, est enfermé.
Ce qui est lié. Ce qui n’espère plus.

Et voici cette parole étonnante, presque discrète : «Déliez-le, et laissez-le aller. » Jésus rend la vie. Mais il confie aux autres la mission de délier.

Délier, c’est relever. Délier, c’est pardonner. Délier, c’est faire confiance à nouveau.
Délier, c’est redonner à quelqu’un le droit d’être debout. Saint Augustin nous rappelle : « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »

Dieu agit. Mais il nous appelle à participer. À devenir, les uns pour les autres, des passeurs de vie.

Cet Évangile nous conduit déjà vers la Passion. Car donner la vie a un prix.
Relever l’autre, c’est parfois porter avec lui une part de sa croix.

Comme l’écrit Paul Claudel : « Jésus n’est pas venu supprimer la souffrance. Il est venu la remplir de sa présence. »  Alors oui, nos vies restent marquées.
Par les contrariétés. Par la maladie. Par les déceptions.

Mais elles ne sont plus fermées. Elles deviennent un lieu de passage.

Frères et sœurs, Jésus nous pose aujourd’hui la même question : « Crois-tu cela ? » Peut-être notre foi est-elle fragile. Peut-être hésitante. Mais elle peut être vraie.

Alors, avec simplicité, disons : Oui, Seigneur, je crois.

Et maintenant, une ouverture. La vie ne nous est pas donnée pour être enfermée.
Elle nous est donnée pour être découverte. Pas à pas. Jour après jour.

Découvrir la beauté d’un regard. La beauté d’un pardon. La beauté d’une présence fidèle. Être vivant, ce n’est pas tout réussir. C’est apprendre à aimer. C’est devenir, humblement, simplement… quelqu’un de bien.

Comme l’écrivait Albert Camus : « Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. »

Alors, que le Seigneur nous apprenne à voir. À vivre. À délier.
Et à marcher, librement, vers la vie.

Amen.

Père Piotr K. WILK : Homélie pour la 5ème dimanche du carême

Dans la catégorie Homélies | Brève