Frères et sœurs,
Ici, dans les Vosges, nous sommes entourés d’eau.
Les sources jaillissent partout : Vittel, Contrexéville, l’eau de la montagne.
Les rivières traversent nos vallées : le Bouchot, la Moselotte, la Moselle, la Cleurie.
Partout les petits ruisseaux – les rupts – descendent de la montagne.
On pourrait penser à ce que disait le grand écrivain Antoine de Saint-Exupéry dans son livre Terre des hommes : « L’eau n’est pas nécessaire à la vie, elle est la vie. » Cette phrase est très forte. Nous le comprenons bien ici dans les Vosges.
Pour nous, l’eau semble naturelle, évidente.
Mais ce n’est pas le cas au Moyen-Orient, en Terre Sainte. Là-bas, l’eau est rare. Le désert, la chaleur, la sécheresse. Et aujourd’hui encore, à cette soif s’ajoute la souffrance de la guerre.
Dans la Bible, l’eau est donc une question de vie ou de mort.
Dans la première lecture du livre de Livre de l’Exode, le peuple a soif dans le désert. Ils crient, ils se révoltent : « Pourquoi nous as-tu fait sortir d’Égypte ? »
Dieu fait jaillir de l’eau du rocher. Mais l’Évangile va encore plus loin.
1. Jésus rencontre notre soif
Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus s’arrête près du puits de Jacob, en Samarie. Il est midi. La chaleur est forte. Une femme vient puiser de l’eau.
Jésus lui dit simplement : « Donne-moi à boire. » Mais cette demande ouvre un dialogue extraordinaire.
La femme pense à l’eau du puits. Jésus parle d’une autre eau : l’eau vive. « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. » Cette eau, c’est la vie de Dieu. C’est l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs.
2. La soif du cœur humain
Cette femme de Samarie porte une vie compliquée. Jésus lui dit : « Tu as eu cinq maris… » Sa vie est pleine de blessures, de recherches, de chemins qui n’ont pas donné le bonheur. Cela ressemble parfois à notre vie. Nous cherchons tous un « puits » pour donner un sens à notre existence : le succès, l’argent, la relation, la reconnaissance… Mais ces puits ne suffisent pas.
On peut penser à la célèbre actrice Elizabeth Taylor. Elle s’est mariée huit fois avec sept maris différents, dont deux fois avec Richard Burton. Une vie brillante, mais aussi une recherche constante d’amour et de bonheur.
Saint Augustin d’Hippone a résumé cette soif profonde de l’homme : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi. » Oui, notre cœur a soif d’un amour qui ne passe pas.
3. Jésus est la source
Jésus révèl à la Samaritaine : « Je le suis, moi qui te parle. » Il est le Messie. Il est la source. Le pape Benoît XVI disait : « Celui qui a l’espérance vit autrement ; une vie nouvelle lui a déjà été donnée. » Quand on rencontre le Christ, la vie change. La Samaritaine laisse sa cruche. Elle court annoncer la bonne nouvelle. Elle devient missionnaire.
Frères et sœurs,
Dans quelques jours le printemps va arriver dans nos Vosges.
La neige va fondre sur les sommets. Les sources vont recommencer à couler.
Les ruisseaux vont chanter dans les forêts.
Et les cascades vont descendre de la montagne avec une eau claire et vivante.
Cette eau nous rappelle ce que Jésus veut faire dans notre cœur.
Parfois notre cœur ressemble à une terre sèche, fatiguée, pleine de pierres et de nœuds. Mais lorsque nous rencontrons le Christ, quelque chose recommence à couler en nous. Comme une source cachée qui se réveille. Sainte Thérèse d’Avila disait : « Dieu seul suffit. »
Oui, quand le Christ devient la source de notre vie, notre cœur n’est plus un désert. Il devient une source d’eau vive. Et cette eau ne garde pas seulement la vie pour nous-mêmes : elle coule aussi vers les autres.
Alors, en ce temps de Carême, demandons simplement au Seigneur : « Seigneur, donne-nous de cette eau vive, pour que notre vie devienne une source de joie pour le monde. »
Amen.
Père Piotr K. WILK : Homélie – 3ᵉ dimanche de Carême le 8 mars 2026