Entre Hosanna et Crucifie-Le

26 mars 2026 | Homélies, Brève

Jérusalem.
Une porte s’ouvre, et avec elle le mystère de nos cœurs.

« Hosanna ! » crie la foule. Mais déjà, dans le souffle du vent, monte un autre cri — plus sombre, plus tranchant : « Crucifie-le ! »

Ainsi va l’homme. Ainsi va notre monde.
Entre l’acclamation et le rejet, entre l’amour et la haine, entre les ponts que Dieu tend et les murs que nous bâtissons.

Oui ou non.
Avec ou contre.
La polarisation traverse nos vies comme une blessure ouverte.

Et Dieu… Dieu en paie le prix fort.

À la place de la compassion : la colère.
À la place de la tendresse : le rejet.
À la place de l’accueil : la croix.

Le Serviteur annoncé par Isaïe est déjà là, debout dans le silence : Il ne fuit pas.
Il ne se dérobe pas.
Il offre son dos aux coups, son visage aux crachats, et son cœur à la fidélité.

Et nous, avec le psalmiste, nous osons crier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Cri de l’homme. Cri du Christ. Cri de toute humanité blessée.

Mais voici le vertige du mystère : Lui, le Fils, ne retient rien.
Il descend. Il s’abaisse. Il devient l’un de nous.

Non pas en apparence, mais jusqu’au plus profond de notre nuit.

Jusqu’où l’homme peut-il aller dans la violence ? Jusqu’où peut-il se perdre ?

La Passion nous le révèle sans détour : le mal n’est pas seulement autour de nous,
il habite aussi en nous.

Mystère des ténèbres. Mystère de la liberté.

Et pourtant… au cœur même de cette nuit, une lumière demeure.

Saint André de Crète nous appelle : « Venez, montons avec lui… »

Non pas avec des rameaux qui se fanent, mais avec nos vies déposées,
nos cœurs abaissés, notre pauvreté offerte.

Car le Christ ne cherche pas des gestes extérieurs, il cherche un chemin en nous.

Et déjà la victoire se lève, discrète mais certaine : Gloire au Christ vainqueur de la mort !

Deux voix de l’Église murmurent alors au pied de la croix : « La croix est l’unique espérance. » — Saint Jean de la Croix                         « Il a aimé jusqu’à la fin, afin que nous apprenions à aimer. » — Saint Augustin

Et nous voici arrivés.

Au pied de la croix. Tout s’est tu.
Les cris se sont éteints. Les certitudes se sont effondrées.

Il ne reste que l’amour livré.

Et là, debout dans la nuit, une présence veille : Marie.

Elle ne comprend pas tout, mais elle croit.

Elle ne possède rien, mais elle espère.

Elle ne fuit pas, elle demeure.

Elle nous apprend à rester, quand tout semble perdu.

À croire, quand Dieu se tait.

À espérer, quand tout meurt.

Se tenir avec elle, au pied de la croix, c’est entrer dans le mystère d’un amour plus fort que la mort.

C’est apprendre, enfin, que là où l’homme voit une fin, Dieu commence déjà la résurrection.

Amen

Père Piotr Wilk – pour le dimanche des Rameaux, 2026

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