Il existe un proverbe chinois qui dit :
« Nulle route n’est longue pour qui marche avec espérance. »
C’est une phrase qui ressemble à une bougie.
Elle ne change pas la nuit, mais elle donne juste assez de clarté pour avancer un pas de plus.
En Avent, nous devenons un peu cela : des voyageurs de la nuit qui marchent vers une lumière promise.
Dans nos vies, il arrive souvent que nous marchions la tête inclinée :
par fatigue, par crainte, par manque de confiance, comme si la poussière du chemin voulait nous convaincre qu’il n’y a plus rien à espérer.
Mais l’Avent n’accepte pas cela : l’Avent relève doucement notre visage.
La première lecture d’Isaïe nous parle d’un rameau.
Un simple rameau, presque invisible, jaillissant d’une souche coupée.
Et pourtant, ce rameau porte la paix, la justice, la force et la douceur.
Il porte ce que nos cœurs attendent sans vraiment oser le dire.
Dans la spiritualité orientale, on dit souvent que Dieu ne vient pas comme un tonnerre, mais comme une respiration, comme un souffle qui se dépose.
Le rameau de Jessé, c’est ce souffle.
Une vie qui recommence, même lorsque tout semblait terminé.
Un murmure qui contredit nos renoncements.
Aujourd’hui, ici en Lorraine, nous accueillons aussi la lumière de Saint Nicolas, l’homme qui regardait là où les autres détournaient les yeux.
Il voyait les enfants en danger, il voyait le pauvre, il voyait le cœur brisé.
Il voyait… et cette vision devenait charité.
Saint Nicolas, c’était un veilleur. Il avait appris cette chose essentielle que l’Orient répète sans cesse : quand on regarde l’autre avec bonté, on voit Dieu passer.
Dans un monde où tant d’hommes ne portent plus leur regard très loin,
il redresse nos sentiers comme on redresse une lumière vacillante.
Et voici que nos paroisses, dans cet Avent, tourne aussi son visage vers Taybeh.
Taybeh, village tout chrétien, posé comme un grain de blé à flanc de colline,
qui garde sa foi comme on garde une braise dans le vent.
Taybeh est un rameau dans le désert social et politique qui entoure la Terre Sainte. Un rameau fragile, mais vivant.
Et tout rameau vivant nous rappelle quelque chose de Dieu.
Dans la spiritualité orientale, on dit souvent que « la petite flamme vaut mieux que la grande obscurité ». Soutenir Taybeh, c’est choisir la petite flamme.
C’est dire, silencieusement : « Nous marchons avec vous… et vous êtes une part de notre espérance. »
L’Évangile nous donne aujourd’hui la grande voix de Jean le Baptiste.
Une voix qui ne vient pas pour écraser, mais pour réveiller.
« Préparez le chemin du Seigneur… Rendez droits ses sentiers… Convertissez-vous… »
La conversion dont il parle n’est pas un programme, ni un combat ;
c’est un retour du regard, un redressement du cœur, comme on se tourne vers une source.
Car Dieu vient. Il vient toujours.
Mais pour le reconnaître, il faut que notre cœur demeure ouvert.
La mystique Madeleine Delbrêl, si proche de la spiritualité orientale par sa prière continue dans la rue, écrivait :
« Nous autres, gens des rues, nous marchons beaucoup.
Mais ce qui compte, c’est d’apprendre à marcher en tenant le cœur ouvert»
C’est peut-être cela, l’Avent :
une marche du cœur, une marche intérieure, une marche qui ne veut pas perdre sa douceur.
Alors, avançons comme les voyageurs du désert, qui savent que chaque pas porte du sens, et que l’horizon peut changer d’un instant à l’autre.
Avançons comme les chrétiens de Taybeh, qui espèrent contre toute espérance.
Avançons comme Saint Nicolas, qui rendait la route plus droite simplement en posant un acte de bonté.
Avançons comme Isaïe, qui voyait la vie pousser là où personne n’attendait plus rien.
Avançons même lorsque nos yeux sont lourds. Car une chose est sûre : La route n’est jamais trop longue pour celui qui marche avec espérance.
Et Dieu vient.
Il vient vers nous à pas de silence.
Il vient comme un souffle dans notre nuit.
Il vient comme ce rameau faible mais invincible.
Il vient pour déposer en chacun de nous une paix qui ne finit pas.
Amen.
Père Piotr Wilk