Vers une Paix désarmée et désarmante

1 janvier 2026 | Homélies, Brève

Les textes liturgiques du 1er janvier, solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, et Journée mondiale de la Paix, composent un véritable itinéraire spirituel pour entrer dans l’année nouvelle. Ils nous parlent de bénédiction, de lumière intérieure, de confiance et de paix, non comme des idées abstraites, mais comme une expérience à vivre.

La bénédiction d’Aaron (Nb 6) est fondatrice : Dieu tourne son visage vers l’homme.
Être béni, ce n’est pas être épargné de toute épreuve, mais être regardé, gardé, accompagné. La paix biblique naît de cette relation vivante. Le psaume 66 prolonge cette dynamique : lorsque le visage de Dieu s’illumine sur nous, son chemin devient visible sur la terre. La lumière reçue devient responsabilité pour le monde.

Saint Paul (Ga 4) va plus loin encore : cette bénédiction a un visage, une chair. « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme »
La paix chrétienne commence par l’Incarnation. Dieu ne domine pas le monde : il s’y rend vulnérable. Il fait de nous des fils et des filles, capables de confiance.

L’Évangile nous donne alors une figure-clé : Marie.
Elle ne comprend pas tout, elle n’explique rien, elle garde et médite.
Cette attitude est fondamentale : Marie avance non par maîtrise, mais par confiance. Elle devient ainsi une école d’espérance devient ainsi la première en chemin d’espérance pour l’Église. C’est précisément ce que développe le message du pape Léon XIV pour la 59ᵉ Journée mondiale de la Paix. Le pape part de la salutation du Ressuscité : « La paix soit avec vous ! » Il rappelle que le combat décisif ne se joue pas d’abord à l’extérieur, mais au-dedans de l’homme. La paix existe déjà, dit-il ; elle veut habiter en nous. Elle éclaire l’intelligence, elle résiste à la violence sans lui ressembler.

Dans un monde marqué par ce que le pape François appelait « la troisième guerre mondiale par morceaux », la paix est un acte de résistance spirituelle. Le pape Léon XIV parle d’une paix désarmée et désarmante, parce que le Christ lui-même a refusé la logique de la violence. Les chrétiens sont appelés à un témoignage prophétique, lucide sur leurs propres compromissions passées, mais résolument engagé dans une logique de miséricorde (cf. Mt 25). Cette paix trouve sa source dans un mystère bouleversant : « La bonté est désarmante. C’est peut-être pour cela que Dieu s’est fait petit enfant. » Dieu commence son œuvre de paix non par la force, mais par la fragilité. Les anges chantent : Paix sur la terre, devant un Dieu sans défense, confié aux mains humaines.

Ce désarmement intérieur a été vécu par de grands artisans de paix. Parmi eux, Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’ONU, mort en 1961 dans un crash d’avion alors qu’il travaillait pour la réconciliation. Dans sa poche, L’Imitation de Jésus-Christ. Dans son journal (Signes de piste), une mystique profonde transparaît. Il écrivait : « Pas moi, mais Dieu en moi. » Et cette prière devenue emblématique : « Pour tout ce qui a été, je Te rends grâce. Pour tout ce qui sera, je dis oui. » Il avait compris que la paix mondiale commence par un désarmement du cœur. On pourrait dire que « La chose la plus précieuse dans un navire n’est ni la coque ni la structure, mais le vide qui lui permet de flotter. » Une image puissante : ce n’est pas ce que nous possédons qui nous sauve, mais l’espace que nous laissons à Dieu.

D’autres figures ont incarné cette paix : Saint François d’Assise, désarmé devant le sultan. Martin Luther King, affirmant que « la haine trouble la vie, l’amour la libère ». Etty Hillesum, découvrant au cœur de la barbarie à Auschwitz un puits intérieur où demeure Dieu.

Jean XXIII, artisan d’une paix fondée sur la confiance et le dialogue. Mère Teresa, convaincue que « la paix commence par un sourire ». Enfin, cette parole décisive nous met face à notre responsabilité : « Le jour où tu cesses de croire en Dieu, Dieu ne meurt pas. C’est toi qui meurs le jour où tu refuses la lumière venue d’au-delà de ce monde, cette lumière que ton intelligence ne peut comprendre, mais qui éclaire ta vie. »

Cette lumière est magnifiquement représentée dans le tableau de William Holman Hunt peintre anglais du XIXᵉ siècle, La Lumière du monde. 
Le Christ, de nuit, tient une lampe et frappe doucement à une porte ancienne, envahie de ronces. Il n’y a pas de poignée à l’extérieur. Le message est clair : Dieu n’entre jamais par la force. Il attend que l’homme ouvre de l’intérieur. Commencer l’année, c’est peut-être cela : ouvrir une porte longtemps fermée,
faire silence, et laisser la lumière du Christ éclairer nos vies. Amen

Père Piotr K. WILK pour le 1 janvier 2026

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