Homélie pour 3ᵉ dimanche de l’Avent – Gaudete Père Piotr K. Wilk – 14 décembre 2025

« Y a d’la joie ? » chantait Charles Trenet.
On pourrait poser la même question en ce troisième dimanche de l’Avent, celui que l’on appelle Gaudete, Réjouissez-vous.
Un dimanche où la liturgie ose le rose — cette couleur un peu étrange, comme un rayon de soleil qui aurait traversé l’hiver.
Et si quelqu’un s’étonne de voir le prêtre assorti aux décorations de Noël, on pourra répondre simplement : « C’est la couleur de la joie. »
Mais de quelle joie parlons-nous ?
Pas d’une joie de façade. Pas d’une joie en promotion avant Noël.
La Parole d’aujourd’hui nous parle d’une joie qui relève, d’une joie qui guérit, d’une joie qui redonne souffle : « Dieu vient lui-même, et va vous sauver ! » (Is 35)
Cette joie n’ignore pas nos fatigues, nos doutes, nos lassitudes.
Même Jean le Baptiste, ce prophète solide comme le désert, finit par demander :
« Es-tu celui qui doit venir ? »
Comme quoi… même les grands croyants ont parfois des dimanches un peu gris.
Et Jésus ne répond pas par une théorie. Il répond par des signes de vie : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. »
Autrement dit : « Regarde, Jean. La joie est déjà là. Elle a commencé. »
La joie chrétienne n’est pas une obligation morale. Ce n’est pas un sourire forcé.
C’est une visitation. Quelque chose qui vient à notre rencontre.
Saint Paul le dit avec une simplicité désarmante : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance. »
Et le pape François ajoute :
«La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus.»
Mais peut-être avons-nous besoin, aujourd’hui, de réapprendre la joie comme un enfant.
Un enfant ne se réjouit pas parce que tout est parfait.
Il se réjouit parce qu’il vit.
Parce qu’il respire. Parce que quelqu’un l’attend. Parce qu’il est aimé.
Alors permettez-moi ce petit poème, très simple, que j’ai écrit hier soir comme une respiration :
La joie n’est pas un bruit,
c’est un battement.
Pas un feu d’artifice,
mais une lumière allumée.
Elle naît quand on comprend
qu’on est attendu,
qu’on est aimé,
et que la vie est plus forte que la nuit. (P. Piotr)
L’oraison de ce jour nous donne la clé : « Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère. »
La joie chrétienne n’est pas seulement une émotion, c’est une direction.
Elle se tourne vers Celui qui vient. Vers Bethléem.
Vers ce Dieu qui se fait petit pour que nous n’ayons plus peur.
Il suffit parfois de peu : un silence, une place faite à Dieu, un cœur entrouvert.
Et dans ce silence-là, Dieu dépose une joie que rien ne peut voler. Alors oui, aujourd’hui, on peut oser la question : « Y a d’la joie ? »
Et répondre, comme un enfant un matin de Noël, avec un sourire peut-être discret, mais vrai : Oui.
Parce que Dieu vient. Parce qu’il est déjà là. Parce que la lumière s’approche.
Comme le dit sainte Thérèse d’Avila : « Que rien ne te trouble… Dieu seul suffit. » Et quand Dieu suffit, la joie devient une évidence. Amen.
Poème – La joie qui vient
La joie ne crie pas.
Elle veille.
Elle ne chasse pas la nuit,
elle y demeure
comme une lampe allumée.
La joie,
c’est Dieu qui s’approche sans bruit
et qui murmure à l’âme :
« N’aie pas peur. Je suis déjà là. »
Elle ne supprime pas la blessure,
mais elle y fait naître une source.
Heureux celui
qui reconnaît sa venue dans le silence,
car il a déjà commencé
à naître avec Dieu.
P. Piotr, 2016
