Mon Dieu, je ne crois pas…
Mon Dieu, je ne crois pas,
Que tu fais tomber la pluie ou briller le soleil,
à la carte,
à la demande,
pour que pousse le blé du paysan chrétien,
ou réussisse la kermesse de Monsieur le Curé.
Que tu trouves du travail au chômeur bien pensant
et laisses les autres chercher,
et ne jamais trouver,
Que tu protèges de l’accident
l’enfant dont la mère a prié
et laisses tuer le petit
qui n’a pas de maman pour implorer le ciel,
Que tu donnes toi-même à manger aux hommes,
quand nous le demandons,
et les laisses mourir de faim,
quand nous cessons de supplier.
Mon Dieu, je ne crois pas,
Que tu nous conduis là où tu veux
et que nous n’avons qu’à nous laisser guider,
Que tu nous envoies cette épreuve
et que nous n’avons qu’à l’accepter,
Que tu nous offres ce succès,
et que nous n’avons qu’à te remercier,
Que lorsque tu le décides, enfin, tu rappelles à toi celui que nous aimons
et que nous n’avons qu’à nous résigner.
Non mon Dieu, je ne crois pas,
Que tu es un dictateur
possédant tous les pouvoirs,
imposant ta volonté,
pour le bien de ton peuple
Que nous sommes des marionnettes,
dont à ta guise,
tu tires les ficelles
Et que tu nous fais jouer un mystérieux scénario,
dont tu as fixé depuis toujours
les moindres détails de la mise en scène.
Non, je ne le crois pas,
je ne le crois plus,
Car je sais maintenant, ô mon Dieu
que tu ne le veux pas,
et que tu ne le peux pas,
Parce que tu es AMOUR
Parce que tu es PÈRE,
et que nous sommes tes enfants.
O mon Dieu pardon,
Car trop longtemps nous avons défiguré ton adorable Visage
Nous avons cru qu’il fallait
pour te connaître et te comprendre,
t’imaginer paré à l’infini
du pouvoir et de la puissance,
qu’à la façon des hommes trop souvent nous rêvons.
Nous avons usé de mots justes
pour penser à toi et parler de toi
mais en nos cœurs fermés ces mots sont devenus pièges,
Et nous avons traduit :
toute puissance,
volonté,
commandement,
obéissance,
jugement…
en notre langage d’hommes orgueilleux
rêvant de dominer nos frères
Nous t’avons alors attribué,
punitions,
souffrances et morts,
alors que tu as voulu pour nous,
le pardon,
le bonheur et la vie.
O mon Dieu, oui, pardon,
Car nous n’avons pas osé croire, que par amour,
tu nous as depuis toujours voulus LIBRES
Non pas seulement libres de dire oui ou non
à ce que pour nous d’avance tu as décidé,
mais libres de réfléchir,
choisir,
agir,
à chaque instant de notre vie.
Nous n’avons pas osé croire
que tu as tellement voulu cette liberté
Que tu as risqué, le péché,
le mal,
la souffrance
fruits gâtés de notre liberté dévoyée
horrible passion de ton amour bafoué
Que tu as risqué alors de perdre
aux yeux de beaucoup de tes fils
ton auréole de bonté infinie
et la gloire de ta toute-puissance.
Nous n’avons pas osé comprendre, enfin,
Que lorsque tu as voulu à nos yeux définitivement te révéler
Tu es venu sur cette terre,
petit,
faible,
Nu.
Et que tu es mort attaché sur une croix,
abandonné,
impuissant
Nu.
Pour signifier au monde que ta seule puissance,
est la Puissance infinie de l’Amour,
Amour qui nous libère,
pour que nous puissions aimer.
O mon Dieu, je sais maintenant que tu peux tout
… sauf nous ôter la liberté !
Merci mon Dieu, pour cette belle et effrayante liberté
cadeau suprême de ton amour infini.
Nous sommes libres !
Libres !
Libres de conquérir peu à peu la nature pour la mettre
au service de nos frères,
Ou libres de la dé-naturer
en l’exploitant à notre seul profit
Libres de défendre et développer la vie,
de combattre toutes souffrances
et toutes maladies,
Ou libres de gaspiller intelligence, énergie, argent,
pour fabriquer des armes,
et tous nous entre-tuer.
Libres de te donner des fils ou de te les refuser,
De nous organiser pour partager nos richesses,
Ou de laisser des millions d’hommes
mourir de faim sur la terre fertile.
Libres d’aimer
Ou libres de haïr.
Libres de te suivre
Ou de te refuser
Nous sommes libres…
mais aimés INFINIMENT
Mon Dieu, je crois alors,
Que parce que tu nous aimes et que tu es notre Père,
Depuis toujours tu rêves pour nous d’un bonheur éternel,
que sans cesse tu nous proposes
mais jamais nous imposes.
Je crois que ton Esprit d’amour
au cœur de notre vie,
chaque jour nous souffle fidèlement,
les désirs de ton Père.
Et je crois qu’au milieu de l’immense enchevêtrement
des libertés humaines,
Les événements qui nous atteignent,
Ceux que nous avons choisis,
Et ceux que nous n’avons pas choisis,
Qu’ils soient bons ou mauvais,
Sources de joies ou de cruelles souffrances,
Peuvent tous,
Grâce à ton Esprit qui nous accompagne
Grâce à Toi qui nous aimes en ton Fils
Grâce à notre liberté s’ouvrant à ton AMOUR
Devenir par nous et pour nous,
chaque fois providentiels
O mon grand Dieu aimant,
Devant moi si humble, si discret,
que je ne pourrai atteindre et comprendre
qu’en étant tout petit,
Donne-moi de croire de toutes mes forces,
à ta seule « Toute-Puissance » :
La Toute-Puissance de ton AMOUR.
Je pourrai alors un jour, avec mes frères réunis,
Fier d’avoir tenu ma place d’homme libre,
Débordant de bonheur,
T’entendre dire :
« Va mon enfant, ta foi t’a sauvé ».
Michel QUOIST
Chemins de Prières