La fraîcheur de la Parole

10 juillet 2026 | Brève, Homélies

Il y a quelques jours encore, la France suffoquait sous la canicule. Trente-cinq, trente-huit, parfois quarante degrés. Les pelouses jaunissent, les jardins attendent une pluie, les hommes cherchent un peu d’ombre.

Et voici que la première lecture commence justement par la pluie. « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre… »

Dieu connaît notre cœur. Il sait qu’il ressemble parfois à une terre desséchée. Nous vivons dans un monde où beaucoup de paroles circulent. Les réseaux sociaux parlent. Les chaînes d’information parlent. Les publicités parlent. Les opinions parlent. Tout le monde parle.

Mais peu de paroles donnent la vie.

Isaïe nous rappelle qu’il existe une seule Parole qui ne revient jamais sans avoir porté du fruit : la Parole de Dieu. Cette Parole est comme une pluie d’été sur une terre brûlée. Jésus raconte alors une histoire toute simple. Un semeur sort semer.  Il ne commence pas par analyser le terrain. Il ne fait pas de statistiques. Il ne calcule pas le rendement. Il sème partout. Dieu est généreux. Il sème même là où nous n’aurions jamais osé semer. Et pourtant…

Tout dépend ensuite de la qualité de la terre. Le bord du chemin… Le terrain pierreux… Les ronces… La bonne terre…

Autrement dit, la question de l’Évangile n’est pas : « Quelle est la qualité de la semence ? » La semence est parfaite. La question est :« Quel est aujourd’hui mon cœur ? »

J’ai découvert récemment une histoire étonnante. Dans le parc national de Californie pousse un arbre extraordinaire : le Séquoia « General Sherman ».

Plus de quatre-vingts mètres de hauteur. Environ deux mille tonnes. L’équivalent de trois cent cinquante éléphants. Et savez-vous combien pèse la graine qui lui a donné naissance ? Quelques grammes seulement 5mg.

Toute cette force était déjà cachée dans une graine presque invisible. Voilà le mystère de la Parole de Dieu. Nous pensons souvent qu’un sermon, une lecture de l’Évangile ou une prière ne changent pas grand-chose.

Nous nous trompons. Toute la grandeur d’un séquoia est déjà présente dans une minuscule semence. Toute la sainteté d’une vie commence par une seule Parole accueillie.

Les archéologues ont également retrouvé une graine vieille d’environ mille trois cents ans. On croyait qu’elle était morte. Ils l’ont plantée. Elle a germé. Pendant treize siècles, cette petite graine avait gardé en elle une force de vie.

Alors imaginez la Parole de Dieu ! Elle ne meurt jamais. Même lorsqu’elle semble oubliée. Même lorsqu’un enfant quitte l’Église. Même lorsqu’un parent pense avoir semé en vain. Même lorsqu’un prêtre croit que personne n’écoute son homélie. Dieu travaille dans le secret. Il n’est jamais pressé. Le vrai danger n’est pas que Dieu cesse de parler. Le vrai danger est que notre cœur devienne encombré. Jésus parle des ronces. Aujourd’hui, elles portent parfois d’autres noms. L’agitation permanente.

Le téléphone qui ne s’arrête jamais. Les informations en continu. La course pour gagner davantage. Les inquiétudes.  Le bruit. Le monde nous répète :

« Don’t worry, be happy ! » Une consolation à bas prix. On distrait nos inquiétudes, mais on ne guérit pas notre cœur. Le Christ, lui, ne nous distrait pas.

Il nous transforme.  Saint Jérôme disait : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ. »

Et saint Augustin ajoutait : « La Parole de Dieu est ton pain quotidien ; reçois-la comme tu reçois le Corps du Christ. »

Quelle actualité ! Nous protégeons notre corps de la chaleur. Nous buvons davantage. Nous recherchons l’ombre. Et notre âme ? Depuis combien de temps n’a-t-elle pas bu à la source de l’Évangile ?  Saint Paul nous rappelle aujourd’hui que toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. Notre monde traverse des guerres. Des peurs. Des divisions.  Des crises écologiques.

Des solitudes. Mais il ne dit pas que tout est perdu. Il dit que tout est en train de naître. Le chrétien n’est jamais un homme du désespoir. Il est un semeur d’espérance. Frères et sœurs, Lorsque vous rentrerez chez vous aujourd’hui, prenez l’Évangile. Lisez seulement quelques versets.

Pas beaucoup. Une seule phrase suffit parfois. Car une graine ne ressemble pas encore à un arbre. Mais Dieu voit déjà le séquoia. Il voit déjà les cent fruits là où nous ne voyons encore qu’un minuscule grain. Alors, ouvrons notre cœur. Laissons tomber les pierres. Arrachons quelques ronces.

Et demandons au Seigneur de faire de nous cette bonne terre où sa Parole pourra porter du fruit, trente, soixante, cent pour un. Amen.

PS : Quel bonheur de nous retrouver. Je crois que le fil conducteur est déjà là. Toutes les lectures parlent de la même chose : Dieu ne demande pas d’abord des résultats, mais une terre capable d’accueillir sa Parole. Et, avec cette chaleur écrasante de juillet, la liturgie nous offre une magnifique image : la Parole est une pluie, une source d’eau fraîche.

Une citation théologique, d’abord, de Hans Urs von Balthasar : « La Parole de Dieu ne nous informe pas ; elle nous transforme. » (Cette formule résume admirablement sa pensée.) Ou encore de Origène : « L’Écriture grandit avec celui qui la lit. »

Ensuite, une image de la canicule. La phrase de Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours voir ce que l’on voit. » Elle peut devenir : « En ces jours de canicule, nous avons vu une terre qui avait soif. La vraie question est peut-être celle-ci : notre âme a-t-elle encore soif de Dieu ? »

Enfin, je crois que notre touche personnelle pourrait être celle-ci.  « Depuis trente-sept ans de sacerdoce, j’ai souvent eu l’impression de semer sans voir les récoltes. Pourtant, l’Évangile d’aujourd’hui m’apprend à faire confiance. Le semeur ne compte pas les graines ; il continue de semer. Dieu, lui, s’occupe du reste. » 

15e dimanche du Temps ordinaire Père Piotr K. WILK                          

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