Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, deux adultes commencent leur chemin catéchuménal et onze jeunes font leur Profession de foi. On pourrait croire que nos jeunes arrivent à la ligne d’arrivée. En réalité, ils sont au départ. La Profession de foi n’est pas un diplôme de fin d’études chrétiennes. Ce n’est pas : « Merci Seigneur, j’ai réussi l’examen, maintenant je peux ranger la foi dans un tiroir ! »
Non. C’est plutôt comme recevoir une paire de chaussures de marche. Le plus beau reste à parcourir.
Car la foi n’est pas un musée. La foi est un chemin. La foi n’est pas une médaille que l’on accroche au mur. Elle ressemble davantage à une plante qu’il faut arroser, à une amitié qu’il faut entretenir, à un feu qu’il faut alimenter.
Un écrivain a dit : « La foi est un oiseau qui sent la lumière et qui chante quand l’aube est encore obscure. » (Rabindranath Tagore) La foi commence souvent ainsi : il fait encore un peu sombre, mais quelqu’un nous dit que le soleil existe.
Dans la première lecture, Dieu dit à son peuple : « Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance. » Dieu ne demande pas d’abord de tout comprendre. Il demande d’écouter.
C’est souvent là notre difficulté. Nous vivons dans un monde où tout le monde parle en même temps : les réseaux sociaux, les notifications, les vidéos, les publicités… Notre téléphone reçoit parfois plus de messages dans une journée que nos grands-parents dans une année !
Mais au milieu de ce bruit, Dieu continue de parler doucement. La question est simple : avons-nous encore du temps pour l’écouter ?
Le psaume nous répond : « Reconnaissez que le Seigneur est Dieu. » Reconnaître Dieu, c’est découvrir que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Quelqu’un nous connaît par notre nom et nous aime.
Or, la grande maladie de notre époque n’est pas seulement économique ou politique. Beaucoup disent que la maladie la plus grave est la solitude. Nous sommes connectés à des centaines de personnes et pourtant parfois profondément seuls.
Albert Camus, dans son roman La Peste, décrit une ville frappée par une épidémie. Peu à peu, les habitants découvrent que le pire danger n’est pas seulement la maladie, mais le désespoir.
Et pourtant, au cœur de cette épreuve, des hommes et des femmes se mettent au service des autres. Ils comprennent que l’on ne combat pas la nuit en la regardant, mais en allumant une lumière. Notre monde a besoin de cette lumière. Notre monde a besoin de jeunes capables d’avoir le cœur sur la main.
D’ailleurs, connaissez-vous la différence entre une pierre et un chrétien ? La pierre garde tout pour elle. Le chrétien donne ce qu’il a reçu !
Voilà exactement ce que Jésus demande dans l’Évangile : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » Il ne dit pas : gardez pour vous. Il ne dit pas : protégez votre petit confort.
Il dit : donnez.
Donnez votre sourire. Donnez votre temps. Donnez votre écoute. Donnez votre amitié. Donnez votre foi.
Dans l’Évangile, saint Matthieu nous dit que Jésus fut saisi de compassion. Le texte grec est très fort. Cela signifie que ses entrailles furent bouleversées.
Jésus ne regarde jamais les souffrances de loin. Son cœur bouge. Et quand son cœur bouge, ses mains agissent. Voilà la vraie compassion chrétienne : un cœur qui voit et des mains qui agissent.
Je pense à cette histoire vraie. Un jeune homme se promène au bord de la Seine à Paris. Soudain, il rencontre une personne agressée qui crie : « Aidez-moi ! J’ai besoin d’un prêtre ! » Cette phrase a bouleversé sa vie.
À travers cet événement inattendu, il a compris que Dieu l’appelait. Cette rencontre est devenue le commencement de sa vocation sacerdotale.
Comme quoi, Dieu n’envoie pas toujours des SMS du ciel… Parfois il se sert d’une rencontre, d’une parole, d’un événement, d’une personne qui a besoin de nous. Il laisse des signes sur notre route.
Attention toutefois : si quelqu’un vous appelle cet après-midi au bord de la Moselotte, où du Bouchot cela ne signifie pas automatiquement que vous devez entrer au séminaire où dans un Couvent ! Mais cela signifie que Dieu parle souvent à travers les événements, les rencontres et les besoins des autres.
Carlo Acutis l’avait compris. Il aurait pu passer son temps uniquement devant les écrans. Au lieu de cela, il a choisi de mettre Internet au service de Dieu. Il disait : « Tous naissent comme des originaux, mais beaucoup meurent comme des photocopies. »
Quelle phrase pour nos jeunes ! N’ayez pas peur d’être des originaux de Dieu. N’ayez pas peur d’être différents. N’ayez pas peur d’être généreux. N’ayez pas peur de prier. N’ayez pas peur de croire.
Carlo disait aussi : « L’Eucharistie est mon autoroute vers le Ciel. » Aujourd’hui, beaucoup cherchent des raccourcis pour être heureux. Carlo nous rappelle que le vrai bonheur ne s’achète pas et ne se télécharge pas. Il se reçoit.
Saint-Exupéry écrivait dans Le Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
La foi commence précisément là où le regard du cœur s’ouvre. Alors vous pouvez dire quelque chose de beaucoup plus beau : « Seigneur, je veux te faire confiance. Je veux avancer avec toi. »
Comme le disait Charles Péguy : « Il faut toujours espérer. L’espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. »
Chers jeunes, chers catéchumènes,
Aujourd’hui vous proclamez votre foi. Mais Jésus vous demande davantage. Il vous demande de devenir ses témoins.
Dans l’Évangile, les verbes sont impressionnants :
« Proclamez ! »
« Guérissez ! »
« Ressuscitez ! »
« Purifiez ! »
« Expulsez ! »
Autrement dit : apportez la vie partout où vous passez. Soyez de ceux qui relèvent plutôt que de ceux qui écrasent. De ceux qui encouragent plutôt que de ceux qui se moquent. De ceux qui construisent plutôt que de ceux qui détruisent.
Saint Paul nous l’a rappelé : « Nous mettons notre fierté en Dieu. » Notre fierté n’est pas dans nos réussites. Notre fierté est de savoir que nous sommes aimés.
Aimés gratuitement. Pardonnés gratuitement. Sauvés gratuitement. Alors, à notre tour, donnons gratuitement.
Et si aujourd’hui ces onze jeunes et ces deux catéchumènes nous montrent quelque chose, c’est que la foi reste vivante. Comme une flamme que l’on reçoit pour la transmettre. Comme une lumière que l’on ne cache pas. Comme une amitié avec Jésus qui ne demande qu’à grandir.
Que Carlo Acutis intercède pour eux. Qu’ils deviennent des jeunes au cœur ouvert, au regard lumineux et aux mains généreuses.
Et que leur Profession de foi soit le premier chapitre d’une très belle histoire avec Dieu.
Aujourd’hui, Jésus vous regarde avec amour et vous dit : « La moisson est abondante.»
Le monde a besoin de jeunes qui croient, qui espèrent, qui aiment. Le monde a besoin de jeunes qui ont le cœur sur la main. Le monde a besoin de saints. Et pourquoi pas vous ?
Amen.
- Et puisque vous aimez les citations, je vous en offre une pour la route : « Il y a deux façons de vivre sa vie : comme si rien n’était miracle, ou comme si tout était miracle. » — Albert Einstein
Pour un chrétien, la foi nous apprend justement à regarder le monde avec des yeux capables de reconnaître les miracles ordinaires : une amitié fidèle, un pardon donné, un enfant qui grandit, une Eucharistie célébrée, un cœur qui s’ouvre à Dieu.
Que nos jeunes repartent avec une question dans le cœur : « Et maintenant, comment vais-je faire grandir cette foi que je viens de proclamer ? »
Père Piotr Wilk pour la profession de foi, Vagney, le 14 juin 2026