Au Saint Mont avec Marie

25 mai 2026 | Homélies, Brève

En ce lundi de Pentecôte, l’Église nous donne de contempler la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église. Et quelle grâce de célébrer cette fête ici, au Saint Mont, ce lieu où, depuis tant de siècles, la prière ne s’est jamais tue. Depuis 620, des hommes et des femmes veillent, prient, espèrent. Comme au Cénacle de Jérusalem, une flamme demeure allumée.

Les Actes des Apôtres nous montrent les disciples revenus du mont des Oliviers après l’Ascension. Ils sont pauvres, fragiles, encore habités par la peur. Mais une chose les tient debout : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec Marie la mère de Jésus. » Avec Marie.

L’Église naît ainsi : dans l’attente, dans la communion, dans la prière. Et Marie est là, discrète mais essentielle, comme une présence maternelle qui rassemble les cœurs et garde l’espérance.

Aujourd’hui encore, Marie prie avec l’Église. Elle prie avec nous. Parce qu’elle est la Mère de l’Église.

Au pied de la croix, dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus accomplit son dernier don. Lui qui a tout donné — ses paroles, ses miracles, son pardon, son corps et son sang — donne encore sa mère : « Femme, voici ton fils. »
Puis au disciple : « Voici ta mère. »

C’est comme le testament du Christ. Son dernier lien laissé à l’humanité. Jésus ne garde rien pour lui. Il se livre totalement. Et au moment où son cœur est ouvert par la lance, de ce cœur transpercé jaillissent le sang et l’eau, signes des sacrements, signes de l’Église qui naît.

Les Pères de l’Église disaient souvent que l’Église est née du côté ouvert du Christ, comme Ève fut tirée du côté d’Adam endormi. Et Marie est là, debout, au commencement de cette naissance douloureuse et glorieuse. Saint Augustin écrivait : « Marie est la mère des membres du Christ parce qu’elle a coopéré par sa charité à la naissance des fidèles dans l’Église. »

Elle est mère parce qu’elle enfante des croyants.
Elle est mère parce qu’elle nous apprend à demeurer près de Jésus.
Elle est mère parce qu’elle garde l’Église dans l’unité et dans l’espérance.

Et le psaume aujourd’hui nous fait entendre cette parole magnifique :
« Sion, ma mère ! » L’Église est une mère. Non une institution froide, mais une maison où l’on renaît, où l’on apprend à aimer, où l’on reçoit une source vive.

Oui, frères et sœurs, toutes nos sources sont en Dieu. Et Marie nous conduit toujours vers cette source.

Ici même, au Saint Mont, des générations sont venues chercher cette eau vive. Moines, pèlerins, pauvres, malades, chercheurs de Dieu… Tous ont porté leurs fatigues, leurs blessures, leurs espérances. Et la prière continue comme un fleuve caché.

Le monde d’aujourd’hui a soif. Soif de paix. Soif de sens. Soif de fraternité.
Soif de Dieu.

Et Jésus dit encore : « J’ai soif. » Il a soif de notre foi. Il a soif que l’humanité retrouve le chemin de l’amour.

Alors, la fête d’aujourd’hui n’est pas un regard nostalgique vers le passé. Elle est un appel pour aujourd’hui. Comme le disait Georges Bernanos : « On ne subit pas l’avenir, on le fait. »

Et Pope Francis nous rappelait : « L’espérance chrétienne est audacieuse. Elle sait rêver et construire avec Dieu. »

Voilà notre mission. Recevoir l’Esprit Saint pour devenir une Église vivante.
Une Église qui sort. Une Église qui rejoint. Une Église qui console.
Une Église qui parle toutes les langues de l’amour humain.

Pentecôte n’est pas la fermeture du Cénacle. C’est l’ouverture des portes. Et Marie demeure au milieu des disciples comme une mère qui encourage ses enfants à avancer sans peur.

Hans Urs von Balthasar écrivait : « Marie est le cœur maternel de l’Église. » Sans ce cœur maternel, l’Église risquerait de devenir dure, fatiguée ou purement fonctionnelle. Marie lui rappelle sans cesse la tendresse, l’écoute, la fidélité silencieuse. Alors aujourd’hui, ici au Saint Mont, demandons cette grâce :

Que l’Esprit renouvelle notre foi. Qu’il élargisse nos cœurs.
Qu’il fasse de nous des bâtisseurs de paix et des artisans de fraternité.

Et avec Marie, demeurons fidèles à la prière.

Car tout commence toujours là : dans un cœur qui prie, dans une communauté rassemblée, dans une humble fidélité quotidienne.

Frères et sœurs, l’Église avance depuis deux mille ans portée par cette présence discrète de la Mère.

Alors n’ayons pas peur de l’avenir. N’ayons pas peur d’être témoins.
N’ayons pas peur de la sainteté. Et à la suite de Saint Amé et de tant de témoins fidèles, marchons ensemble entre racines et horizons.

Que Marie, Mère de l’Église, veille sur nous.
Qu’elle veille sur nos familles.
Qu’elle veille sur notre monde blessé.

Et qu’avec elle nous apprenions chaque jour à dire :
« Qu’il me soit fait selon ta parole. » Amen.

Père Piotr K. WILK Lundi de Pentecôte. Saint Mont le 25 mai 2026

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