La vie est peut-être cela : chercher le trésor, apprendre à remplir notre panier de ce qui est bon. Jésus nous parle aujourd’hui d’un homme qui découvre un trésor caché, d’un marchand qui trouve une perle de grand prix, d’un filet qui retient ce qui mérite d’être gardé. Notre existence est semblable à ce filet : chaque jour nous y déposons des rencontres, des joies, des blessures, des choix. Reste à discerner ce qui vaut vraiment la peine d’être conservé.
En 1993, la chanteuse Enzo Enzo chantait : « Juste quelqu’un de bien. » Dans un monde rempli de violence, de divisions et de méfiance, nous avons peut-être oublié que la plus grande richesse est tout simplement la bonté. Les saints ne sont pas d’abord des personnes extraordinaires ; ce sont des hommes et des femmes qui ont choisi d’être profondément bons.
Comme l’écrivait Alexandre Soljenitsyne : « La ligne qui sépare le bien et le mal ne passe ni entre les États, ni entre les classes, mais au travers de chaque cœur humain. » Voilà pourquoi Salomon ne demande ni la richesse, ni une longue vie, ni la victoire sur ses ennemis. Il demande un cœur capable de discerner le bien du mal. C’est le véritable trésor.
Saint Paul nous rappelle ensuite cette parole qui demande souvent toute une vie pour être comprise :
« Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. »
Il nous arrive pourtant de penser que notre vie n’est faite que d’échecs. Nous ne comprenons pas toujours ce qui nous arrive.
Pendant les guerres napoléoniennes, le blocus maritime imposé par l’Angleterre priva l’Europe de sucre de canne. Ce qui semblait une catastrophe devint une occasion d’innover. On se souvint des travaux du chimiste Franz Karl Achard, qui avait mis au point la fabrication du sucre à partir de la betterave. L’impasse devint une invention. Une difficulté ouvrit un chemin.
L’histoire de Ludwig van Beethoven est tout aussi bouleversante. C’est alors qu’il devenait sourd qu’il composa plusieurs de ses œuvres les plus grandioses, notamment la Neuvième Symphonie et la Missa Solemnis. Ce qui semblait être une tragédie ne l’empêcha pas de créer une musique qui continue d’élever l’humanité. À la fin de sa vie, il disait avec espérance : « Au ciel, j’entendrai. »
Comme le disait Saint Augustin : « Les temps sont mauvais, dit-on. Vivons bien, et les temps seront bons. Nous sommes les temps. » Le Royaume de Dieu commence toujours dans un cœur qui choisit le bien.
Souvent, nos manques, nos blessures ou nos défaites cachent une possibilité nouvelle. Dieu ne supprime pas toujours les obstacles ; il nous donne la force d’y découvrir un chemin.
Pensons à une porte automatique. Si nous restons immobiles à distance, elle demeure fermée. Mais dès que nous faisons un pas en avant, elle s’ouvre. Il en est souvent ainsi avec Dieu. Il attend notre démarche, notre confiance, notre premier pas.
Le philosophe Blaise Pascal écrivait : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Salomon avait compris cela : la véritable intelligence commence par un cœur qui écoute.
À la fin de l’Évangile, Jésus demande : « Avez-vous compris tout cela ? » Les disciples répondent : « Oui. » En réalité, comprendre l’Évangile, ce n’est pas seulement le saisir avec son intelligence ; c’est commencer à vivre autrement.
Demandons aujourd’hui la grâce de Salomon : un cœur attentif.
Demandons aussi de savoir reconnaître le trésor que Dieu a déjà déposé dans notre vie.
Et que chacun puisse devenir, selon la belle expression d’Enzo Enzo, « juste quelqu’un de bien ». Car, bien souvent, c’est ainsi que le Royaume de Dieu commence.
Et une pensée de Bernanos qui rejoint le thème de la bonté :
« L’espérance est un risque à courir. »
Au fond, Salomon demande un cœur sage, Jésus nous montre le trésor, saint Paul nous assure que Dieu fait concourir toute chose au bien de ceux qui l’aiment.
Ces trois lectures ne parlent que d’une seule réalité : faire confiance à Dieu transforme notre regard sur la vie.
Amen.
Homélie – 17ᵉ dimanche du Temps ordinaire (Année A) Père Piotr K. WILK